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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 21:19

 

Les Bretons dans le monde
 
 
"Partout où le Soleil passe, un Breton passe"
 
 
Phrase attribuée à sainte Catherine de Sienne (1347-1380) et probablement
apocryphe. En revanche, cette phrase a bien été prononcée en 1867 par le
pape Pie IX s'adressant aux jeunes gens venus se porter volontaires pour la
défense de ses États et incorporés dans les zouaves pontificaux.
 
Il n'y a pas beaucoup d'endroits dans le monde où ne soient pas passés un jour
des Bretons, ni beaucoup de pays du monde où l'ont ne rencontre pas des
Bretons. Les Bretons ont, de tous temps, été de grands voyageurs et à un
point que la plupart de nos contemporains ne soupçonnent pas...
 
En revanche, la "diaspora bretonne" est largement un mythe ou, du moins, elle
n'a rien à voir avec les grandes diasporas que l'on connaît dans le monde :
la diaspora chinoise, la diaspora juive, la diaspora irlandaise, la diaspora
italienne, la diaspora arménienne, la diaspora syro-libanaise, etc. Ce mythe
ne date pas d'aujourd'hui, mais il a pris une nouvelle force depuis quelques
décennies à la suite d'un transfert inconscient du phénomène de l'Irlande
sur le cas de la Bretagne alors que l'un et l'autre n'ont vraiment rien à
voir.
 
Les Bretons n'ont jamais été traités par la France comme les Irlandais l'ont
été par les Anglais : massacres, spoliation généralisée, déportation des
populations et "plantations" de colons anglais et écossais, persécution
religieuse, privation de droits, etc. La Bretagne n'a surtout jamais connu de
cataclysme aussi terrible que la Grande Famine qui tua 1 500 000 Irlandais
entre 1845 et 1847 (sur un total de 8 millions) et qui obligea un million
d'Irlandais à émigrer outre mer dans un délai très court, essentiellement
vers les États-Unis. L'émigration devait se poursuivre ensuite à un rythme
élevé pendant plus d'un siècle. L'Irlande compte aujourd'hui 6 millions
d'habitants et est donc encore très loin du niveau de population qui était le
sien, il y a 170 ans. Il y a aujourd'hui plus de 70 millions de descendants
d'Irlandais dans le reste du monde : aux États-Unis, au Canada, en Australie,
en Nouvelle-Zélande et dans bien d'autres pays.
 
La population de la Bretagne, elle, n'a jamais connu une telle coupure et a crû
régulièrement depuis cinq siècles. Elle comptait un million d'habitants à la
fin du Moyen Âge, un peu plus de deux millions en 1801, un peu plus de trois
millions en 1900 et 4,3 millions aujourd'hui. À toutes les époques des
Bretons sont partis à l'aventure ailleurs, mais sans jamais que cette
émigration prenne le caractère massif et dramatique qu'elle prit en Irlande.


La Bretagne a toujours pu nourrir ses habitants, elle a connu des disettes,
mais pas de grandes famines. L'émigration bretonne n'est devenue un
phénomène vraiment important que dans la seconde moitié du XIXe siècle avec
l'effondrement de l'industrie des toiles qui avait fait la richesse du pays
depuis le XVe siècle. Le développement de la marine à vapeur mit fin à la
production de toiles à voiles, dont la Bretagne était un des principaux
centres en Europe, et la concurrence du coton, travaillé dans de grandes
usines textiles, ruina l'artisanat textile breton. La construction des chemins
de fer facilita le départ en masse des Bretons. C'est le département des
Côtes-du-Nord qui fut le plus touché et dont la population diminua
considérablement.

L'émigration bretonne a été importante : on estime à
environ 1 600 000 le nombre des Bretons qui ont quitté la Bretagne entre 1800
et 2000, essentiellement entre 1860 et 1960, mais la grande différence avec
l'Irlande, c'est que la plupart d'entre eux sont partis dans le reste de la
France. Ce sont des manœuvres bretons, souvent analphabètes, qui ont en
grande partie construit les lignes du métro parisien et beaucoup de lignes de
chemins de fer en France sous la IIIe République, et qui ont travaillé comme
ouvriers dans la grande industrie en région parisienne, dans le nord et dans
l'est. Ce sont des Bretonnes qui ont à la même époque été massivement
recrutés comme bonnes à tout faire par la bourgeoisie des grandes villes
françaises. Relativement peu de Bretons et de Bretonnes ont été tentés par
l'outre-mer; on estime à 110 000 le nombre des Bretons partis en Amérique.
C'est beaucoup vu de France, mais c'est extrêmement peu vu du côté
américain. Il n'y a eu nulle part des villes peuplées majoritairement de
Bretons et, nulle part, des Bretons ont pu constituer des communautés durables
avec leurs institutions propres, leurs paroisses, leurs écoles, leurs
sociétés d'entraide... La plupart des Bretons se sont rapidement fondus dans
la masse anglophone en Amérique du Nord ou dans la communauté francophone
quand ils étaient installés dans des régions francophones.
 
 
Ce qui est sûr, c'est que les Bretons ont toujours été de grands voyageurs,
ils ont sillonné toutes les mers du monde et arpentés tous les continents,
plus certainement que les habitants des autres régions de France et de la
plupart des autres pays d'Europe. On peut accumuler les faits qui le confirment
depuis mille ans :
 
- en 1066, l'armée de Guillaume le Conquérant était composée de 20 à 30%
de Bretons et, 20 ans plus tard, le Doomsday Book révèle que 10% des terres
d'Angleterre appartenait à des seigneurs bretons
-  la famille royale des Stuart qui a régné sur l'Écosse et même, quelque
temps, sur l'Angleterre, descend d'un Breton parti de Dol-de-Bretagne
- les Bretons ont joué un rôle important dans plusieurs croisades
- des Bretons on participé à plusieurs reprises à la Reconquête de la
péninsule ibérique; des navires bretons ont ainsi pris part à la reprise de
Lisbonne et, en 1492, à la prise de Grenade, dernier bastion musulman en
Espagne
-  les Bretons ont été nombreux dans les ports d'Espagne et du Portugal aux
XVe et XVIe siècles; ils avaient leur quartier à Sanlucar de Barrameda,
avant-port de Séville, à l'embouchure du Guadalquivir.
- un sculpteur breton, Laurent Marc'hadour/Lorenzo Mercadante, a laissé des
oeuvres magnifiques à Séville
- un architecte Breton, Yann Goaz/Juan Guas a construit plusieurs palais et
châteaux en Castille, ainsi que le magnifique monastère de San Juan de los
Reyes à Tolède
- un Breton, Jean Brulelou, dit Jan Brito (Jean le Breton), a été un des
premiers imprimeurs des Flandres
- l'île de São Miguel, aux Açores, a été en partie peuplée de Bretons
- les Bretons ont longtemps eu à Rome, capitale de la chrétienté, leur
paroisse nationale, San Ivo dei Bretoni, avec un hospice pour les pèlerins
bretons
- vers 1500, la Bretagne possédait une des premières marines d'Europe (1 800
navires, de petite taille, et près de 20 000 marins). En devenant française,
elle donnait enfin à la France (qui n'avait alors qu'une flotte limitée à la
Provence et à la Normandie) la possibilité de devenir une grande puissance
maritime en Europe
- pendant plusieurs siècles, les Bretons ont constitué la moitié des
effectifs de la marine royale et de la marine marchande
- environ 30% des Européens qui se sont installés aux Mascareignes, Ile
Bourbon (La Réunion), Ile de France (Maurice) et, par extension aux
Seychelles, venaient de Bretagne, si bien que la plupart des habitants de
souche européenne de ces îles aujourd'hui comptent des Bretons parmi leurs
ancêtres (la famille Le Clézio en est une belle illustration)
- dans un contexte assez différent, on peut dire la même chose pour les
Antilles
- les premiers colons français pour l'Acadie sont partis de Saint-Goustan, le
port d'Auray, et on estime à 15% environ la part des Bretons dans le total des
pionniers français partis en Nouvelle-France, ancêtres des quelque 20
millions d'Américains du Nord d'origine française (dont 10 à 11 millions
parlent encore le français)
- quelques centaines de Bretons, venus surtout à bord de navires malouins, se
sont installés au Chili et au Pérou entre 1695 et 1720, dont Guillaume de
Pinochet, parti de Saint-Malo en 1699, ancêtre du sinistre général Augusto
Pinochet. Quatre présidents du Chili, démocratiquement élus, avaient des
Bretons parmi leurs ancêtres
- quelques milliers de Bretons se sont installés en Amérique du Sud au XIXe
siècle : au Brésil, en Argentine, au Chili et dans d'autres pays
- le fils d'un marin breton, Manuel Quimper, né et mort à Lima, a été au
XVIIIe siècle un des grands capitaines de la marine espagnole
- un Malouin, Auguste Leverger a été amiral du Brésil et président du
Matto Grosso
- un Breton de Lannion, Auguste Glaziou, a dessiné les principaux parcs de
Rio de Janeiro
- un Breton de Plemeur, le père Le Gouhir, a été le grand historien de la
République d'Équateur
- un marin breton de Plemeur, Joseph Yves Le Limantour, est devenu à partir
des années 1850 un des hommes les plus riches du Mexique
- son fils José Yves Limantour a été député, puis président de la
Chambre des députés du Mexique, puis ministre des finances du Mexique de 1892
à 1911
- 1 300 Bretons ont pris part à la Ruée vers l'or de Californie
- des marins bretons ont joué un rôle majeur dans l'exploration des mers du
Sud au XVIIIe siècle : Kerguelen, Bouvet, Surville, Saint Aloüarn, Huon de
Kermadec, Fleuriot de Langle, Crozet, etc.
- des Bretons ont participé en qualité de volontaires, par idéal, à bien
des guerres dans divers pays de la planète :
- à la guerre d'Indépendance des États-Unis (dans l'armée de George
Washington)
- à la guerre de Sécession (dans l'armée fédérale)
- à la guerre des Boers (du côté des Boers)
- à la guerre d'Espagne (dans les Brigades internationales)
- un Breton de Guérande est devenu vice-amiral de la flotte russe
- des Bretons on participé à l'exploration des régions polaires russes
(Péninsule de Kola, Nouvelle Zemble)
- René Madec, de Quimper, est devenu nabab en Inde
- un Breton de Morlaix, Bossard, est devenu maharajah
-  un Breton de Lorient, Jean-Baptiste Chaigneau, a été mandarin au Vietnam
- un autre Breton de Lorient, Prosper Gicquel, a construit le premier arsenal
moderne de la Chine à Fou-Tchéou. L'empereur le nomma mandarin à tunique
jaune
- c'est un géographe rennais Francis Ruellan, qui a déterminé en 1956
l'emplacement de la future capitale du Brésil, Brasilia.
 
 
Il serait possible de poursuivre encore très longtemps cette énumération et
de donner des références précises pour tous ces faits.
 
La réalité, c'est
que les Bretons (ou du moins une bonne partie d'entre eux) ont un esprit
d'ouverture sur le monde absolument incroyable, dont on ne se rend guère
compte quand on est en Bretagne, mais qui saute aux yeux dès que l'on voyage.

 

Claudie Poirier


ASSOCIATION DES BRETONS DE PEKIN 


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commentaires

VivatSemper 08/03/2015 20:21

Texte très instructifs et ô combien passionnant. Dommage qu'il soit rédigé en rouge, ce qui affecte la lecture (mal aux yeux au bout de 15 sec...) Mais merci pour ce travail ! :oD

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  • : ROLLAND de la Ville Basse et de Kermorin en GOËLO
  • ROLLAND de la Ville Basse et de Kermorin en GOËLO
  • : Histoire de la Bretagne et Généalogie de la Famille ROLLAND de La Ville Basse, du Tertre, de Beauregard, de Périmorvan, de Kersos, de Kermorvan, de Kermorin
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